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mardi, 28 mars 2006
Compte-rendu d'une visite de la prison de Nanterre

Dans le cadre de mon action au sein de la Commission des Affaires Sociales (Conseil Régional des Jeunes UMP) j’ai eu la chance de visiter la maison d’arrêt de Nanterre ce lundi 27 mars en compagnie de 9 autres jeunes et du sénateur Roger Karoutchi. Prise entre stupeur et étonnement, j’ai pu constater de visu le bon fonctionnement et entretien de cet établissement ( le respect de conditions de vie dignes est une chose que je défends) , mais je reste sceptique quand à l’emploi du temps des détenus ( condamnés ou prévenus). La richesse livresque de la bibliothèque de l’établissement, la qualité et la diversité des équipements sportifs ( bancs de musculation, appareils de gym…) expliquent sûrement l’attitude de certains détenus mineurs à qui nous avons parlé vis-à-vis de la prison. Outre le premier d’entre eux qui nous fait une comparaison des équipements des deux prisons qu’il a (déjà) fréquentées, son camarade ajoute que « ce n’est pas dûr ». Ces paroles relancent le débat du rôle de la prison. Jusqu’où peut aller le divertissement en prison ? Le travail des détenus est propice à leur insertion dans la société ou à leur réinsertion, les après-midi passées devant une télé ou une console ne le sont pas (à mon avis). La vue des familles qui s’alignent pour aller au parloir reste pour moi l’image choc de cette après-midi : des mères , des enfants et des concubines désemparées , trop habituées à ce rituel macabre.
La visite, qui a duré plus de 3h30, nous a permis de comprendre les mécanismes du système pénitentiaire tel qu’il est pratiqué à Nanterre et surtout d’apprécier les conditions de vie des détenus et de voir, bâtiment après bâtiment, les activités qui occupent leur temps de détention.
En entrant sur le site, les visiteurs sont amenés à passer par le centre d’accueil des familles qui sert non seulement à contrôler l’accès au parloir et les vêtements et autres qui y entrent, mais aussi à recevoir, conseiller et soutenir les familles, cela grâce à l’association Saint Vincent de Paul qui y est installée. Le site de Nanterre possède un centre d’accueil particulièrement grand, 25 bénévoles de l’association Saint Vincent de Paul y tiennent des permanences à tour de rôle, à raison de 3 personnes par créneau. Les bénévoles présentes ce lundi ont eu la gentillesse de nous expliquer la difficulté que présente l’accueil de familles choquées par la mise en détention des leurs, des difficultés exacerbées par un illettrisme répandu. Outre l’association, deux surveillants assurent la sécurité des visiteurs et de leurs effets personnels durant leur temps passé au parloir. A Nanterre, chaque prévenu dispose au maximum de trois parloirs de 45 minutes chacun par semaine tandis que les condamnés n’en disposent que de deux. Le contrôle des familles permet une sécurité optimale au sein de l’établissement, détecteurs de métaux et fouilles sont un passage obligé avant l’accès au parloir.
La visite de la maison d’arrêt a débuté par des explications d’ordre général , suivies d’une présentation de l’organisation de la prison pour se conclure par une visite exhaustive des locaux.
La maison d’arrêt de Nanterre renferme 800 détenus pour une capacité d’accueil de 600 places.
Le personnel pénitentiaire se compose de 220 personnes auxquelles viennent s’ajouter 200 employés en charge de la restauration, l’entretien…
Outre ses effectifs permanents, la prison accueille 120 personnes externes chaque jour ( livraisons…).
Le travail des détenus n’est pas négligeable : 80 d’entre eux travaillent de façon volontaire au service général (cuisine…) tandis que d’autres prennent part à des ateliers afin de réaliser des petits travaux de main d’œuvre que la prison vend à des entreprises. Ces travaux sont rémunérés à la pièce à un taux inférieur à celui du SMIC.
Des stages de formation en cuisine ou pour devenir cariste sont également proposés à certains détenus afin de faciliter leur réinsertion une fois en liberté. Il s’agit pour beaucoup d’entre eux davantage d’insertion que de réinsertion, comme le souligne le personnel.
Organisation de la maison d’arrêt de Nanterre
Située sur un site de 53000 m², et avec des bâtiments qui s’entendent sur 17 000 m², la prison est découpée en trois bâtiments :
_le bâtiment A , aussi appelé « quartier des arrivants », accueille les nouveaux détenus durant environ une semaine, temps durant lequel ils subissent les contrôle médicaux et autres.
_le bâtiment B renferme principalement les détenus de moins de 35 ans.
_ le bâtiment C est réservé majoritairement à ceux qui travaillent ( en raison de la proximité avec les ateliers). Le rez de chaussée est réservé aux activités socio-éducatives. Ce bâtiment accueille également les mineurs.
La proximité d’une papeterie a causé des problèmes tels que le passage de stupéfiants par-dessus les murs qui longent la cour de promenade de la prison.
Le site de Nanterre renferme enfin des logements de fonction qui permettent au personnel de surveillance et à l’administration d’intervenir rapidement en cas de problème.
Sur le plan administratif, la maison d’arrêt de Nanterre est particulière dans la mesure où elle fait partie des 25 établissements étant gérés de manière mixte. Le ministère de la Justice se partage sa gestion avec des sous-traitants dans un contexte de partage entre privé et public. Plus concrètement, les aspects relatifs à l’exécution de la peine et à la garde dépendent du ministère de la Justice tandis que les fonctions logistiques (cuisine, entretien…) sont réalisées par des entreprises privées.
L’Etat a ainsi souhaité améliorer la qualité et la rentabilité des services en milieu carcéral en laissant les fonctions logistiques ( transport, buanderie, entretien, cuisine) à des prestataires privés. La société GEPSA gère ainsi ces services au sein de la prison de Nanterre et de 14 autres établissements d’Ile de France. Le contrat de 9 ans signé entre l’Etat et les prestatires fixe ligne par ligne les obligations de chacunes des parties. L’objectif est ainsi de rendre l’établissement dans l’état dans lequel il a été trouvé. Le modèle de modernisation véhiculé par ces établissements à gestion mixte reste atypique : seuls 25 établissements sur 188 le pratiquent. Ces établissements sont pourtant parmi les plus importants : ils représentent 55 % de la population carcérale totale.
Le directeur de la prison de Nanterre souligne notamment l’évolution qu’a connu le milieu pénitentiaire depuis les années 70 , et plus particulièrement depuis 1990. L’accent est en effet désormais mis sur les conditions de vie et la préparation à la sortie. Contrairement aux clichés largement répandus dans notre pays, peu d’animosité est à constater entre les personnes en milieu carcéral.
La logique est considérée comme le concept clef à Nanterre. La composition pénale est ainsi vue comme la traduction physique de la délinquance extérieure, avec des comportements similaires en matière de stupéfiants, de braquages, de violence…
Nanterre incarne « la prison typique de la banlieue (depts 92/93) » et n’est ainsi pas vraiment représentative de la prison française.
Le travail des détenus remplit plusieurs objectifs : il permet aux moins aisés (ceux qui ne touchent pas de mandats de leur familles, les détenus de Nanterre en touchent 40% de plus que dans les autres prisons) de s’acheter les petits extras qui meublent la vie quotidienne ( TV, journaux…), aux plus aisés de sortir de leur cellule pour un temps, et à tous de se préparer à la sortie et à ses contraintes de réinsertion sociale.
Aspects financiers
La vieille idée selon laquelle le pénitentiaire avait vocation à tout faire a rapidement montré ses limites, notamment sur un plan financier. La gestion mixte ne constitue pas une privatisation : elle consiste en une externalisation de certaines tâches vers d’autres administrations publiques ( Santé…) ou entreprises privées.
Un récent rapport de la Cour de Comptes reproche néanmoins à l’Administration de ne pas développer les outils de ces partenariats public-privé qui permettraient une gestion financière optimale. L’exigence bilatérale et l’amélioration vont de pair !
La maison d’arrêt de Nanterre a démontré que ces exigences sont bénéfiques pour le fonctionnement d’une prison (c’est ce qu’affirme le chef de la surveillance) mais la remise à niveau d’anciens établissements tels que la prison de la Santé coûterait si cher que la gestion mixte n’est appliquée qu’aux nouveaux. Une journée de détention à Nanterre coûte ainsi 40.52 euro ( 45% de ce coût correspond à la rémunération des fonctionnaires, 45% à celle des prestataires privés et les 10% restants correspondent aux coûts de logistique). 40 euro ne semble pas être une somme excessive lorsqu’elle suffit à gérer la vie de quelqu’un, cette somme est d’ailleurs en deçà de la moyenne.
Reste le problème du logements des surveillants,ceux-ci venant principalement des Antilles et du Nord et celui du turnover de 40% dont pâtit l’établissement. Nanterre emploie 156 surveillants, dont 10 assurent le service de nuit, à raison d’une ronde toutes les quatre heures ! Un système de vidéosurveillance complète ces rondes.
Le sport,la culture et le culte.
Salles et terrains de sport permettent aux détenus de s’évader quelques heures chaque semaine,à raison de deux séances d’une demie journée chacune.
Le documentaliste de la bibliothèque de la prison de Nanterre nous a expliqué l’engouement pour les BD et autres romans dont font preuve la plupart des détenus.
La salle polyvalente de la prison sert de lieu de prière aux différents cultes représentés. Contrairement aux clichés, le prosélytisme n’est pas monnaie courante à Nanterre, le brassage religieux y règne et les représentants des différentes religieux savent à leur manière calmer les aigreurs des détenus. La prison dispose d’un Imam pour la prière du vendredi depuis 1994.
Et les mineurs ?
La prison de Nanterre peut accueillir un maximum de 18 mineurs ( elle en accueille 15 actuellement, dont 5 condamnés à de courtes peines d’un an maximum). Le nombre de prévenus criminels ( inculpés de viols, tentative d’homicide…) ne cesse de croître. La maison d’arrêt de Nanterre a développé des méthodes en partenariat avec l’Education Nationale, des psychologues, des juges des enfants… pour permettre à ces jeunes d’être scolarisé et de pratiquer des activités sportives et culturelles. La scolarisation y est obligatoire jusque 18 ans ( à raison de 9h de cours par semaine). Les accompagnateurs tentent d’éviter les phénomènes de groupes néfastes et valorisent au contraire l’émulation lorsqu’elle est bénéfique. Des tests à l’entrée permettent de cibler les difficultés des jeunes et de les diviser en quatre groupes de niveau, allant de l’illettrisme au secondaire. Les méthodes de suivi des détenus mineurs qui tentent de responsabiliser les parents semblent porter leur fruits.
Le quartier d’isolement et le quartier disciplinaire
Les infractions au règlement intérieur sont soumises à une peine d’enfermement en quartier disciplinaire pour une période allant de 0 à 45 jours. La décision dépend de la Commission de Discipline Interne dans le cadre du respect du Code de Procédure Pénal. Ces peines ont vocation à maintenir l’ordre.
Quant aux détenus jugés dangereux, ils sont admis dès leur arrivée au quartier d’isolement, dans des cellules individuelles et au confort rudimentaire.
La prison de Nanterre enregistre 1300 infractions au règlement interne par an et compte 10 cellules disciplinaires.
Alexandra
Militante "jeunes populaires" du XIV ème arrondissement
16:35 Publié dans France | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

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